Autoportrait, le moi
Lorsque je tire mon autoportrait, suis-je la photographe ou l'objet ? Certainement les deux. Mais alors comment montrer le point de vue unique et faux qu'il y a à faire son autoportrait ? En ayant recours à la mise en scène et au collage. Je suis à la fois modèle et photographe. Le fait que les images et leurs reflets ne se correspondent pas affirme mon identité et l'impossibilité de l'image à saisir mon identité en-tière. Mon moi est mouvant, la tentative de me saisir est vaine. Mon seul recours à me représenter dans le mouvement passe par une démultiplication d'images fixes, dans une narration tronquée. Mais ainsi mise en scène, je ne peux que constater les limites de la démarche. Je suis figée dans cet espace, je me rappelle par la même occasion de ma mortalité et du caractère dérisoire de cette tentative. Pour poursuivre cette idée, je choisis alors de mettre en avant cette formulation de la mort, de l'absence. Je décide de mettre en scène cette disparition de la scène de photographie en photographie. Ainsi de photo en photo, je deviens de moins en moins multiple. J'apparais un peu plus dans le sens où j'affirme l'unilatéralité de vue de l'autoportrait et je disparais un peu plus par cette démarche qui s'éloigne de la multiplicité des points de vue pour me révéler au spectateur dans un ensemble cohérent.
Le photographe est lui aussi un objet, codamné à n'être qu'un oeil comme l'appareil photographique. A ce propos il n'est pas anodin qu'un des premiers autoportraits de l'histoire de la photographie est été l'image d'un cadavre d'un homme noyé. Son auteur, Hyppolite Bayard, s'était figuré sous les traits d'un mort. J'interprète cela comme la preuve que toute pratique de l'autoportrait est un leurre où figure l'absence du cadavre, ici d'Hyppolite Bayard, puisque ce dernier ne devait disparaître que trente-sept ans plus tard.
En accomplissant l'acte de déclencher, j'ai certainement obtenu la plus significative des images de moi, sans cesse disparaissant du cadre, du décor, de l'image...
"Apparaître en disparaissant, disparaître en apparaissant." (Paul Ardenne, L'image-corps, 2001)
Le photographe est lui aussi un objet, codamné à n'être qu'un oeil comme l'appareil photographique. A ce propos il n'est pas anodin qu'un des premiers autoportraits de l'histoire de la photographie est été l'image d'un cadavre d'un homme noyé. Son auteur, Hyppolite Bayard, s'était figuré sous les traits d'un mort. J'interprète cela comme la preuve que toute pratique de l'autoportrait est un leurre où figure l'absence du cadavre, ici d'Hyppolite Bayard, puisque ce dernier ne devait disparaître que trente-sept ans plus tard.
En accomplissant l'acte de déclencher, j'ai certainement obtenu la plus significative des images de moi, sans cesse disparaissant du cadre, du décor, de l'image...
"Apparaître en disparaissant, disparaître en apparaissant." (Paul Ardenne, L'image-corps, 2001)
Commenter cet article